Les vacances de ma copine Annick au Faso ont été l'occasion pour moi de prendre des congés et de visiter un nouveau coin de ce beau pays. Cette fois-ci, direction
le Pays Lobi, qui se trouve autour de la ville de Gaoua, non loin de la frontière avec le Ghana et la Côte d'Ivoire. Le programme prévu pour ces 5 jours d'excursion (un guide nous attendait sur
place) était le suivant: trajet de Ouaga à Gaoua (qui prend près de 7h, ce qui bouffe déjà une bonne partie de la journée) et visite du Musée de Poni, consacré à la culture Lobi. Le lendemain,
nous devions prendre des motos et faire un grand tour par les ruines de Loropéni, le Royaume Gan, Kampti et le grand sorcier, visite de vannières et de sculpteurs avant le retour sur Gaoua.
Enfin, nous avions prévu 2 jours de randonnée dans les villages lobis, avec visite à des orpailleuses et des potières. Joli programme, tout devait être merveilleux dans le meilleur des monde.
Seulement voilà, le mois d'août est vraiment pourri pour voyager dans ce pays, surtout dans le sud, beaucoup plus tropical et donc humide, voir carrément mouillé, ou détrempé !
Bref nous avons pu visiter le musée, fort intéressant, créé par une vieille anthropologue française passionnée par les Lobi. Le musée comporte 4 salles, la salle
des femmes, celle des hommes, celle des cultes et une salle avec des expositions "temporaires". Une approche très classique de la culture lobi telle qu'elle devait l'être il y a 100 ans... avec
de belles photos N/B datant des années 20-30. Intéressant, mais pas transcendant non plus. Nous avons tout de même appris que le terme "Lobi" regroupe en réalité plusieurs groupes ethniques qui
sont arrivés à différents moments de l'histoire dans la région. Parmi ceux-ci, les premiers étaient les Gans, dont l'habitat se distingue par un toit de paille. Cela prouve (selon les dires de
notre guide) combien ce peuple était pacifiste, car à l'époque des guerres tribales, en cas d'attaque, avoir un toit de paille équivalait à un suicide familial, voir collectif (comme on dit "Feu
de paille n'a durée qui vaille"... même si ce n'est pas un proverbe typique de cette région...). Les Gans se mettant volontairement en-dehors de tout conflit, ils pouvaient se permettre d'avoir
un toit de paille. Quant aux autres Lobi, ils vivent (oui, encore aujourd'hui, pour ceux qui sont à la campagne) dans de véritables forteresses de banco, avec de minuscules fenêtres, des accès au
toit depuis les chambres et la présence du grenier familial à l'intérieur de la maison. Le tout baigné dans une épaisse fumée, vu que les feux de la cuisine sont également à l'intérieur.Tout cela
diffère réellement de l'habitat traditionnel mossi que l'on a l'habitude de voir sur le Plateau central (qui englobe Ouaga, Koudougou, Ouahigouya, etc...).
Après ce grand moment de culture, nous nous sommes arrêtés dans un cabaret pour profiter d'un mini-concert de balafon organisé pour nous (vive le tourisme !). Ce
qu'on appelle cabaret ici ne désigne pas le même type d'endroit que chez nous. Un cabaret au Burkina c'est l'endroit ù l'on déguste le dolo, la bière de mil artisanale. Et je peux vous dire qu'il
y en a, des cabarets, dans cette région !
Le lendemain, comme prévu, notre guide vient nous chercher pour notre escapade routière... malheureusement, c'est le jour où le ventre d'Annick a décidé de se
rebeller. C'est donc le coeur brisé que nous l'avons laissée à l'auberge, dans l'espoir qu'une journée de repos l'aidera à affronter les 2 jours de marche qui allaient suivre...
Et c'est parti pour un tour chic-choc dans la brousse gaoualaise ! Evidemment, on ne manque pas de commencer notre escapade par une petite crevaison pneumatique,
due au mauvais état de notre pneu avant. Heureusement pour nous, notre guide est équipé, et en moins de 20 mn la chambre à air est collée, et c'est reparti pour l'aventure.
Première escale, les ruines de Loropéni, à 40 km de Gaoua. Ces ruines ont été redécouvertes au début du siècle passé, et ont finalement été inscrites au Patrimoine
mondial de l'Humanité en juin 2009. Voici ce qu'en dit le site de l'UNESCO (http://whc.unesco.org/fr/list/1225, consulté le 02/09/2010):
Les spectaculaires et mémorables ruines de Loropéni consistent en des hauts murs impressionnants de moellons de latérite, allant jusqu’à six mètres de haut,
entourant un grand établissement abandonné, sont les mieux préservés parmi les dix forteresses similaires que comporte la région du Lobi, et font partie d’un plus grand ensemble d’une centaine
d’enceintes en pierre. Elles semblent refléter la puissance et l’influence du commerce transsaharien de l’or et ses liens avec la côte Atlantique. De récentes fouilles ont permis des datations au
carbone 14 suggérant que les murs d’enceinte de Loropéni remontent au moins au XIe siècle de notre ère et que le site a connu une période florissante entre le XIVe et le XVIIe siècle, plaçant le
site au cœur d’un réseau de constructions.
Selon les récentes recherches, il ne fait aucun doute que les ruines proviennent d'un ancien bâtiment fortifié. Mais son utilisation, sa fonction et son histoire
demeurent encore inconnue. Des équipes de chercheurs de la sous-région et de la France son chargés des fouilles archéologiques et révéleront peut-être une partie de l'histoire que renferment ces
murs...
On the road again... direction la petite ville de Kampti, et le Grand Sorcier !
Arrivé dans la cour du marabout, on est tout de suite dans l'ambiance: les fétiches trônent un peu partout. Le Grand Sorcier "s'était levé" quand nous sommes
arrivés (= il n'était pas là), et c'est son fils initié qui nous fera la visite des deux cases à fétiches de la maison et de la case réservé aux fous, à l'extérieur. Je n'étais jamais entrée dans
une case à fétiche, et j'étais plutôt réticente à aller "violer ce lieu symbolique avec mes pieds nus et innoncents de petite blanche". Mais bon, ce n'est pas tous les jours qu'on nous y invite
(contre un peu de whisky en sachet et qqs billets remis en douce par notre guide, bien sûr... Comme le dit le proverbe, rien n'est gratuit, tout est perverti, même le pays Lobi !). Donc nous
voilà déambulant dans la forteresse du sorcier, tentant de trouver notre voie entre les voiles de fumée à l'intérieur de la maison. Pour arriver à la première case à fétiches, un lieu minuscule
qui contient une bonne trentaine de statuettes de diverses formes et tailles ; il faut savoir que les fétiches lobi vont toujours par deux, ce qui symbolise la complémentarité de l'homme et de la
femme . On retrouve aussi souvent un fétiche comportant deux personnages portant une sorte de baignoire allongée, c'est un fétiche lié à l'eau et au fleuve, qui rappelle notamment l'arrivée des
Lobi depuis le Ghana dans la région et leur traversée du fleuve Mouhoun. Ambiance quelque peu étrange tout de même, avec des cauris dispersés, des plumes et poils collés par du sang, issus des
sacrifices animaux.
Après cette incursion dans le monde de l'occulte, retour sur la route, dans la verdure lobi, en route pour la visite des vannières et des sculpteurs, avant de
rentrer sur Gaoua et de savourer une bonne bière bien méritée. Rendez-vous est pris le lendemain pour une vingtaine de km à parcourir à pied à travers la brousse et les villages.
C'est là que le sort s'est acharné sur nous, nous gratifiant d'une nuit et d'une grosse matinée de pluie. Départ annulé, ou reporté. Mais à midi la pluie est
toujours là, et nous commençons sérieusement à moisir dans les chambres de notre petite auberge sans eau ni électricité ni paillote où se tenir... Nous choissisons alors de nous rendre dans le
seul vrai hotel de Gaoua, tenu par des Libanais, dans l'espoir d'y déguster un pantagruélique repas plein de houmous et de caviar d'aubergines. Bon, la bouffe était bonne mais l'accueil vraiment
lamentable... On passera tout de même une partie de l'aprem devant leur télé, à regarder Faso Academy, la Star'Ac du Faso. A 15h, la pluie s'arrête enfin et nous partons à la rencontre d'un
groupement de femmes qui produit notamment des savons à base de beurre de karité. L'occasion d'échanger sur le mode de gestion de leur groupement (déformation professionnelle !) et de partager
une calebasse de dolo dans leur cabaret. On décide alors avec notre guide que demain, on partira faire une randonnée à travers les villages, pour compenser un peu cette journée de
perdue...
Mais le destin en avait décidé autrement, et la pluie nous a à nouveau frappé en pleine nuit. Levés à 6h, nous décidons de fuire cet endroit déprimant, puisque le
Pays Lobi ne veut plus de nous. Après une bonne négociation avec notre guide qui ne voulait pas nous laisser partir comme ça ("mais non, qu'il disait, la pluie va cesser tout de suite et on
pourra aller marcher"... euh, dans la boue ?), il nous envoie un taxi à 8h et nous filons à la gare routière pour prendre le bus de 8h pour Ouaga (on n'y croyait plus, et le bus suivant étant à
14h, on se voyait mal attendre encore 6h dans cette auberge qui devenait de plus en plus minable à nos yeux). Arrivés à 8h15 à la gare, on manque de justesse le bus de 7h, rempli à outrance. On
nous fait alors entrer dans le bus qui devait soit-disant partir à 8h (il était déjà presque 8h30) et quelle ne fût pas notre surprise en le voyant tout éventré.de l'intérieur... problème
technique... merde... On reste donc là, à se cacher de la pluie, à tenter de se réchauffer, à essayer de se distraire, à écouter les gens de la gare nous dire qu'on va partir "tout de suite, tu
as juste le temps de boire ton café sap-sap". Mon oeil.
C'est finalement le bus de 14h qui viendra nous sauver de ce trou pluvieux, pour nous emmener dans notre doux foyer ouagalais, que l'on atteindra que vers les 21h.
Sacrée journée de perdu. Sacré voyage. Sacrés Lobi. On reviendra. Ou pas...
Plus de photos dans l'album "Gaoua, août 2010"...