Vendredi 23 octobre 2009
Cette fois, ça y est, je suis lancée dans ma mission, dans mon travail, à Koudougou. J'ai plus ou moins déménagé lundi, et j'ai plus ou moins commencé à travailler pour de vrai... ou presque. Un de mes premiers boulots est d'assurer la finition, puis la promotion et la distribution d'un manuel sur les plantes médicinales, telles qu'elles sont utilisées ici au Burkina, et plus précisément dans les provinces du Boulkiemdé et du Sanguié, où l'association travaille. Ce petit bijou de 350pp réunit qqs notions élémentaires d'hygiène, de nutrition et de prévention, avant de présenter l'intérêt de l'utilisation des plantes médicinales, la façon de les cultiver, de les récolter, de les sécher, de les stocker et de les préparer (tout un programme). Enfin, une troisème partie aborde les principales maladies rencontrées ici, avec explications de leur nature, causes et mesures de prévention, et bien entendu un ou plusieurs protocoles thérapeutiques. En annexe figure plus de 60 monographies de plantes, avec leur nom en latin, en mooré et en lyélé. Bref, une bien noble tâche, qui a donné bien du fil à retordre à ses rédacteurs (au siège comme sur le terrain), à ses relecteurs et au pauvre infographiste qui a dû remanier le texte à moult et moult reprises. Mardi, j'ai donc passé une bonne partie de la journée et de la nuit à relire le précieux manuel, et à en corriger les fautes d'orthographes et de mise en page. Mercredi et jeudi matins ont été consacrés à une petite séance de torture avec l'infographiste (quand je dis torture, je ne sais pas lequel  de nous a le plus souffert !!!), à expliquer où enlever des espaces, où rajouter des points, où recadrer les illustrations, puis à refaire entièrement le sommaire et la pagination (à la main, si si, ne demandez pas pourquoi, je n'ai toujours pas compris). Je suis donc ce soir-même en possession de la toute dernière version de ce splendide ouvrage, et j'ai déjà hâte de l'envoyer définitivement sous presse.

A part ça, j'ai aussi commencé à chercher une nouvelle demeure en cette joyeuse cité koudougoulaise. Enfin, pour être honnête, j'ai envoyé qqs personnes à la chasse à la maison, et je sens que ce ne sera pas vraiment une partie de plaisir. Pour tout vous dire, la seule que j'aie visité ne correspondait pas tout à fait à mes critères (non, je n'ai pas besoin de 3 chambres pour moi toute seule, ni d'un place de parque, ni d'un jardin énorme et pas ombragé), et surtout, elle était encore en chantier, ce qui ne donne pas trop envie... Mais j'ai bon espoir, et pour le moment je continue de squatter une chambre dans la villa-bureau qui nous sert de siège.

Maintenant, venons-en à l'essentiel, ou disons à ce qui m'a poussé à griffoner ces qqs lignes : le nom du blog. Hé oui, puisque la rédactrice que je suis a changé de ville et n'habite plus (vraiment) à Ouaga, je me demande comment  changer le nom de ces pages virtuelles et expérimentales... Si vous avez des idées lumineuses, n'hésitez à les partager !

A l 'aube de ce WE, que je vais passer ici, je me réjouis déjà de visiter la ville en profondeur, et j'espère pouvoir partager qqs clichés avec ceux qui seront de passage ici ces prochains jours ! Allez, je file sous la douche, avant d'aller chercher Pierrick à la gare routière...

Par Marie - Publié dans : Au quotidien...
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Mardi 20 octobre 2009
Il est relativement peu connu sous nos latitudes, mais le Capitaine Thomas Sankara est une véritable légende, ici au Faso et dans toute l'Afrique de l'Ouest. On voit souvent des autocollants à son effigie sur les mobylettes, et l'on parle de lui à tous les coups quand on aborde l'histoire politique du pays. Alors qui est-il ? Militaire, il incarne les années de la Révolution au Burkina entre 1983 et 1987. D'abord Secrétaire d'Etat puis Premier Ministre, il devient Président le 4 août 1983 grâce à un coup d'Etat mené conjointement avec Blaise Compaoré, renversant le régime de Jean-Baptiste Ouédraogo. Désirant redonner à la Haute-Volta une dignité, une autonomie et une indépendance économique, il met alors en place une politique anti-impérialiste, dénonçant le colonialisme et le néo-colonialisme. En effet, il dénonce la domination historique de la France et des autres puissances sur son pays, et défend la participation du peuple au pouvoir: pour lui, le pays doit pouvoir vivre de ses propres forces et au niveau de ses propres moyens ! Il soutient l'idée d'une Afrique libre et unie, libérée du joug occidental et du poids de la dette.

 

Premièrement, il change le nom du pays en un nom issu de la tradition africaine: la Haute-Volta (dénomée ainsi sous le régime colonial) devient Burkina Faso, littéralement le pays des hommes intègres (Burkina signifie "intègre" en langue moaga, et faso "patrie" en dioula, les deux ethnies principales du pays). Dans le souci de développer son pays, Sankara lance des campagnes de vaccination du peuple burkinabè, de construction d'écoles, d'hôpitaux, de puits et de routes, et de reboisement. Ceci aura notamment pour effets de faire chuter le taux de mortalité infantile, de faciliter l'accès à la scolarisation et à la santé, et de faire reculer le Sahel en plantant des millions d'arbres. Toutes ces actions n'auraient pas été possible sans le soutien et l'engagement de son peuple, premier acteur de la Révolution.

 

Il est également connu pour avoir défendu des idées égalitaires, destituant les chefs de tribus pour redistribuer les terres, et promouvant la libération de la femme (interdiction de l'excision, érglementation de la polygamie, participation à la vie politique).

 

Désireux que son pays vive à un "niveau réel", c'est-à-dire indépendant économiquement et s'appuyant sur ses propres ressources, il impose une diminution des dépenses des dirigeants, les forçant à voyager en deuxième classe et à rouler en Renault 5. A travers le slogan "Fabriquons et consommons burkinabè", il oblige tous les fonctionnaires d'Etat à porter le Faso Danfani, habit fabriqué en coton local tissé au Burkina. lI encourage également la souveraineté alimentaire.


Afin d'encourager la participation effective de toutes les classes sociales à l'administration et à la gestion des affaires de l'Etat, et en lieu et place des tribunaux traditionnels, il crée les Tribunaux Populaires de la Révolution, où tout un chacun peut s'engager et faire régner "le sentiment de la justice populaire". Il instaure également des Comités de Défense de la Révolution, censés convaincre les plus récalcitrants, qui assuraient la gestion des question locales et organisaient les grandes actions (campagnes, grands chantiers, etc).


Mais après 4 ans de révolution, le peuple commence à s'essoufler. Des frictions internes naissent, on soulève les exactions des Comités de Défense de la Révolution, les jugements sommaires des tribunaux populaires... Couplé à l'hostilité grandissante de nombreux chefs d'Etat, tout cela conduit à la chute progressive du capitaine, qui continue à "pédaler", convaincu d'oeuvrer pour l'émancipation de son peuple... un peuple dont il se disait incompris.

Le 15 octobre 1987, il est assassiné par un détachement militaire, qui le condamne avec 12 de ses collaborateurs.

 

Mais l'Histoire ne s'arrête pas là, et je reviendrai bientôt avec la suite de cet épisode sanglant, qui fait aujourd'hui encore couler beaucoup d'encre et pose de nombreuses questions...

Par Marie
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Samedi 17 octobre 2009

Voilà une petite dizaine de jours que je suis de retour à Ouaga, sous la chaleur du ciel burkinabé ! Dans l’ensemble, tout se passe bien, je suis bien arrivée, j’ai bien retrouvé tout mon petit monde : Pierrick, ma chère mobylette, la maison, Ibrahim le gardien… et le Burkina, dans tout ce qu’il peut avoir de puissant et d’épuisant, de beau et de moins beau. Pour le moment, je suis encore à Ouaga, je devrais partir à Koudougou (le lieu de ma mission) d’ici lundi, afin de commencer pour de vrai mon nouveau travail. J’ai hâte de bouger et de me plonger enfin dans ma mission, mais ne pensez pas que je m’ennuie ici, il y a moult activités pour occuper ses journées et ses soirées. Côté jour, j’ai participé à deux colloques pour le boulot, l’un sur la phytothérapie et l’autre sur le moringa, un arbre aux multiples vertus nutritionnelles et médicinales. Côté nuit, il y a en ce moment « Waga hip-hop », festival international des cultures urbaines. Il y a également eu des événements important pour le Faso, comme le forum sur le développement durable (la semaine dernière), l’appel de Cotonou sur les faux médicaments, la célébration de la mort de Sankara (le 15 octobre), ou la journée mondiale de l’alimentation (le 16 octobre). J’espère avoir l’occasion de revenir sur quelques-uns de ces événements marquant dans les prochains jours/semaines.

 

Mais pour le moment, je vous l’avais promis, et cela répondra aux questions que beaucoup se posent, j’aimerais faire un petit topo sur l’association avec laquelle je vais travailler et sur ma mission en particulier. Mon nouvel employeur s’appelle donc Jardins du Monde. C’est une association française Loi 1901 dont les buts sont l’amélioration de la santé des populations démunies, la préservation d’une certaine biodiversité, la conservation et la valorisation de savoirs et savoirs-faires locaux. L’association a débuté ses activités en Amérique du Sud, plus précisément au Guatemala et au Honduras, avant de travailler également avec des communautés du Tibet, de Madagascar et du Burkina. Le postulat de base est le suivant : de nombreuses populations du Sud vivent dans une situation sanitaire très précaire ; non seulement elles doivent faire face à de nombreuses maladies et épidémies, mais en plus l’accès aux soins de santé et aux médicaments est restreint, ceci pour des raisons financière (coût des prestations et des traitements élevés), géographique (éloignement des centres de santé), symbolique et culturelle (décalage entre le système de santé "traditionnel" et les savoirs locaux, et le type de médecine proposée dans les centres de santé). Aujourd'hui, l'OMS estime que 80% de la population mondiale a recours aux médecines dites traditionnelles, utilisant la pharmacopée locale. D'un autre côté, on ne peut que constater la lente disparition des savoirs et savoirs-faires locaux, ainsi qu'une certaine dégradation de la biodiversité.

 

                                                          


C'est pourquoi Jardins du Monde vient en appui à divers groupements et/ou communautés, afin de pallier les difficultés dans l'accès aux soins de ces populations. Au Burkina Faso, JDM soutient les groupements paysans (qui en ont exprimé la demande) à produire des plantes médicinales en implantant des jardins dans les communes rurales. Toutes les plantes cultivées ont été étudiées : leur efficacité thérapeutique ainsi que leur non-toxicité ont été scientifiquement prouvées. En plus d'accompagner les producteurs dans le processus d'implantation des jardins (techniques de culture, etc), JDM propose des formations sur l'utilisation des différentes plantes cultivées et dans la vente au niveau local et international (marché équitable). Le projet s'inscrit donc dans une démarche de "développement durable", tenant compte de la conservation de la biodiversité, et des nécessités liées à la situation socio-économique dans les provinces où elle intervient.


Alors quel sera mon rôle là-dedans ? Officiellement, je suis la coordinatrice de l'antenne burkinabé, qui a été reconnue au niveau du gouvernement en tant qu'ONG locale. En réalité, je vais plutôt faire de l'appui institutionnel et du renforcement de compétences, puisque le but ultime est que la structure soit autonome après mon départ. En plus de la coordination des projets, je participerai au suivi des activités sur le terrain et au suivi des collaborations avec les partenaires insitutionnels. L'idée c'est que je soit "source de propositions" afin de faire évoluer le programme, en collaboration avec les partenaires locaux (les groupements paysans). Cela peut comporter bien des choses, comme le renforcement de la gestion financière et administrative, la mise en place d'une stratégie de recherche de fonds, l'évaluation de certaines activités et la participation aux réflexions pour en améliorer certains aspects, la formation de mes collègues aux tâches bureautiques... Bref, c'est un poste complet qui touche à tout, et pour lequel j'ai droit à une certaine marge de manoeuvre. Je me réjouis vraiment de m'y mettre à fond, et de vous raconter si tout paraît aussi beau et rose que le projet ne l'est sur le papier !


Par Marie - Publié dans : ça bosse !
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Mardi 6 octobre 2009

Après 5 semaines d'errance entre Lausanne, Neuchâtel, Genève, Reims, Brasparts et Paris, me voici à nouveau sur le départ, prête pour cette nouvelle aventure qui va m'emmener à Ouaga dans un premier temps, puis à Koudougou pour les 12 prochains mois ! Mon contrat est signé, mes 30 kg de bagages m'attendent à la consigne de la gare de lyon, mon avion décolle dans 7h, il est donc grand temps de vous présenter un peu ce que je vais faire dans l'année à venir.

Tout d'abord, est-il utile de préciser que je pars avec un contrat de volontaire ? Mais attention, volontaire ne veut pas dire bénévole... Le volontaire de solidarité internationale, comme ils disent dans le jargon, s'engage auprès d'une association ou ONG afin d'apporter ses compétences dans la réalisation d'un projet de développement, le plus souvent dans un pays "du Sud", pour pas dire un pays du tiers-monde ou carrément un pays pauvre ("mais tellement riche sur un plan humain..."). Bref ! Donc même s'il signe un contrat, s'il est super compétent et qu'il s'engage à fond, le volontaire ne perçoit pas de salaire. Hé hé ! Hé non, le volontaire reçoit des indemnités qui lui permettent de vivre décemment dans son pays d'accueil. Pour ma part, c'est la modique somme de 531 euros qui tombera mensuellement sur mon compte-en-banque, et autant vous dire que pour le Burkina, ce n'est pas petit ! En plus de ces indemnité, le volontaire bénéficie également de quelques facilités: par exemple, il bénéficie d'un logement et d'une indemnité d'installation, et il est super bien couvert au niveau des assurances maladie, tout cela aux frais de la princesse, ce qui n'est pas négligeable. Evidemment, on offre également au volontaire un billet d'avion pour lui permettre de se rendre dans son pays d'affectation, et un billet de retour (si l'envie lui prenait de rentrer chez lui à la fin de son contrat). En général, le volontaire signe pour un contrat de 12 mois minimum, mais qui peut aller jusqu'à 24 ou même 36 mois.

En gros, le volontariat permet de vivre une expérience professionnelle à l'étranger et de s'engager dans un projet de développement auprès d'une association partenaire, tout en bénéficiant de conditions décentes. Comme je le disais plus haut, le volontariat ne s'effectue pas seulement dans les pays du Sud, et il y a des volontaires partout dans le monde, même chez nous ou en France voisine ! De nombreuses structures, laïques ou confessionnelles, permettent aux jeunes dipômés comme aux plus expérimentés de s'engager et (bien souvent) de partir découvrir une nouvelle portion de Terre ; je cite ici en vrac quelques organismes d'envois, qui pourraient servir à certains d'entre vous:

- En Suisse: Mission Bethléem Immensee, Eirene, E-changer...
- En France: Association Française des Volontaires du Progrès AFVP (future France-Volontaire), Service de Coopération au Développement SCD, Délégation Catholique pour la Coopération DCC... 

Avis aux amateurs !

Par Marie - Publié dans : ça bosse !
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Lundi 21 septembre 2009

28 jours, ça passe vite... et lentement ! Il y a un mois, je vous parlais du Ramadan, le mois de jeûne effectué par les musulmans. Au Burkina, il a commencé le 22 août exactement, et il s'est terminé dimanche dernier, le 20 septembre. Comme pour fixer la date du début du jeûne, on se réfère à la lune, la fameuse "Commission d'observation de la lune du mois sacré de Ramadan" a donc repris du service ! Ainsi la lune a effectué un cycle entier: du croissant apparu au début du mois a grandi jusqu'à devenir pleine lune, puis la lune a décru pour disparaître totalement. La "sortie" de la nouvelle lune dans le ciel burkinabé a marqué la fin du mois sacré. L'Aïd el Fitr, littéralement "fête de la rupture" (du jeûne, on l'aura compris), est également appelée petite fête, en opposition à la grande fête du mouton, Aïd el Kebir, qui sera célébrée cette année autour du 28 novembre.

Aïd el Fitr est l'occasion de préparer de grands festins et de rendre visite à la famille et aux amis. Comme je suis en Suisse actuellement, je n'ai pas eu l'occasion de participer aux festivités, mais je sais qu'au Burkina, les gens se bousculent au marché dès l'annonce de la fin du Ramadan. Il s'agit de tout acheter pour préparer de grands plats, que l'on servira aux visites tout au long de la journée et dont on enverra une partie à la famille. En 2001 à Ouahigouya, je me souviens que la lune était sortie très tard dans la nuit, personne ne s'attendait à la fête du lendemain. Ma tâche avait été de peler des gousses d'ail durant toute la matinée, puis nous avions passé l'après-midi et la soirée à visiter des gens et à se remplir la panse à outrance ! Terrible ! Je ne suis donc pas mécontente de ne pas réitérer l'expérience cette année. Mais je ne perds rien pour attendre, Aïd el Kebir n'est que dans 2 mois... Rendez-vous donc le 28 novembre pour une nouvelle chronique de la vie musulmane au Burkina !

 

Par Marie
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Présentation

  • : Au coeur de Ouaga
  • marie-burkina
  • : Le quotidien d'une nassara au pays des hommes intègres, entre le martèlement du pilon et les mobylettes pétaradantes !

Profil

  • : Marie
  • marie-burkina
  • : Burkina Faso Afrique de l'Ouest Koudougou
  • : C'est décidé, je repars au Burkina ! Pierrick a été engagé pour travailler 1 an à Ouaga, je le suis dans cette nouvelle aventure en terres africaines... Et 6 mois après, me voilà coordinatrice de Jardins du Monde, pour 1 an à Koudougou !
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